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Dans les coulisses

Pourquoi un musée est parfois économe en lumière

Une aquarelle ou une robe ancienne peut être magnifique et pourtant se trouver dans une salle assez sombre. Le musée y répartit quelque chose qui ne peut pas être rendu : la quantité de lumière que l’objet supporte.

Rédaction Museum Magazine ·

Une robe à la française de la collection du Rijksmuseum. Image de collection : Rijksmuseum, CC0.
Une robe à la française de la collection du Rijksmuseum. Image de collection : Rijksmuseum, CC0. Crédits photo

La lumière rend une collection visible. Mais sur les matériaux sensibles, elle peut aussi altérer les couleurs et affaiblir la matière. L’Agence néerlandaise du patrimoine culturel (Rijksdienst voor het Cultureel Erfgoed) souligne deux caractéristiques de ces dommages : ils s’accumulent et ils sont irréversibles. Une couleur passée ne retrouve pas d’elle-même son intensité lorsque l’objet retourne en réserve.

C’est pourquoi un musée regarde plus loin que la luminosité d’une lampe. La durée compte aussi. La dose de lumière s’exprime en lux-heures : l’éclairement multiplié par la durée d’exposition. Exposer moins d’heures peut donc limiter la dose totale, tout comme un éclairage moins intense.

La même lumière, autrement répartie

Le Canadian Conservation Institute donne un exemple de calcul pour les textiles : 400 heures à 100 lux et 800 heures à 50 lux produisent la même dose. Les deux aboutissent à 40 000 lux-heures. On comprend ainsi pourquoi une exposition courte et une présentation permanente peuvent appeler des choix différents.

Paysage avec arbres, aquarelle sur papier de Johannes Warnardus Bilders. Domaine public.
Paysage avec arbres, aquarelle sur papier de Johannes Warnardus Bilders. Domaine public. Crédits photo

L’institut décrit aussi des moyens pratiques : éteindre la lumière en dehors des heures de visite, laisser les visiteurs déclencher l’éclairage et n’exposer les pièces que pendant une durée limitée. Conserver les objets dans l’obscurité évite une exposition supplémentaire à la lumière d’exposition ; cela ne répare pas les dommages lumineux déjà subis.

Bien voir fait aussi partie de la conservation

Pourtant, « le plus sombre possible » ne constitue pas une politique muséale complète. Selon l’Agence, les visiteurs doivent pouvoir percevoir un objet et la présentation doit rester attrayante. La sensibilité du matériau détermine en partie l’éclairage jugé raisonnable.

Le visiteur compte aussi. L’institut canadien souligne que les yeux plus âgés, ainsi que les objets sombres ou finement détaillés, peuvent nécessiter davantage de lumière pour être bien vus. Une valeur basse fixe ne garantit donc pas une visite réussie. De même, toutes les œuvres sur papier et tous les textiles ne sont pas également sensibles.

L’éclairage est ainsi un arbitrage entre ceux qui veulent regarder maintenant et ceux qui voudront encore voir l’œuvre plus tard. Un emplacement temporairement vide ou une vitrine à la lumière tamisée peut faire partie de cet arbitrage. Le musée ne conserve pas seulement l’objet, mais aussi la possibilité d’y découvrir encore quelque chose à l’avenir.

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